Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 09:34

 

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(Suite de ce billet )

 

En reportage

 

 La présidente en voyage, transformée l'espace de quelques heures en petit reporter, s'aventure dans les contrées magnifiques des pionniers de la transition. Le Trièves. Petit pays du sud Isère, le Vercors, son Mont Aiguille, ses champs, ses forêts, ses bouffettes de Mens, son centre écologique, la montagne, le ciel, la campagne... Le Trièves dont Romieu vous dirait que c'est le plus beau pays du monde et ma foi, c'est peut-être bien vrai. le Trièves et son groupes de transitionnaires, un des premiers de France. De ceux qui ont eu le mérite de commencer quand la notion n'était pas du tout connue, qu'il n'y avait aucune formation ni aucune personne ressource en France et uniquement des documents en anglais.

A l'un de ces courageux*, j'ai posé une seule question : Comment avez-vous commencé, comment avez-vous fait, au début ? Réponse : en tâtonnant, en essayant. De notre conversation (deux bonnes heures, quand même) j'ai retenu beaucoup de choses, dont l'essentiel est "ne pas s'inquiéter si on a l'impression de patauger". C'est normal, au début, de n'être qu'une poignée de déjà convaincus. C'est normal d'avoir l'impression que ça ne décolle pas. Ne pas se décourager, continuer, tenir bon ; faire démarrer une initiative de transition est un travail de longue haleine. Ronger patiemment son frein en attendant que le groupe s'étoffe. graffiti 2 - C

Il faut bien le dire : le film "En transition" a ceci de trompeur, malgré ses nombreuses qualités, qu'il fait croire que les débuts sont faciles et rapides. Il oublie de dire qu'à Totnes, Rob Hopkins a semé dans le terreau fertile d'une communauté déjà sensibilisée, où de nombreuses personnes étaient toutes prêtes à s'embarquer dans l'aventure. C'est tant mieux, parce qu'il a pu très rapidement mettre sur pieds un travail d'envergure, propre a montrer que ça marche. Le revers de la médaille, c'est qu'il suggère que ça marche tout seul ou presque, alors que si on commence dans une communauté ordinaire et pas spécialement sensibilisée aux questions énergétiques, il faut du temps pour arriver à une prise de conscience suffisante. Le temps d'amener une partie significative de la population à la connaissance du pic pétrolier. Il a donc l'avantage de susciter un élan et un enthousiasme mais risque dans un second temps d'entraîner un certain découragement, alors que le travail avance normalement, c'est-à-dire lentement.

Mieux vaut le savoir, à mon avis : dans la réalité d'un territoire ordinaire, on rencontre plus d'obstacles et de résistances que ce qui a été montré dans les divers documents parlant de transition. Cela ne signifie pas qu'il faille laisser tomber, au contraire. Mais savoir à quoi s'attendre. Savoir que l'on commence un travail sur du long terme, c'est-à-dire s'organiser pour résister à l'essoufflement, en s'accordant des pauses, notamment. Etre inclusif mais ne pas se laisser maltraiter. Ne pas centrer sa propre vie autour de la transition mais cultiver ses centres d'intérêts, quitte à ralentir le rythme. Apprendre la patience. Et surtout, si on veut que ça marche, s'intéresser aux gens. A tous les gens. Les jeunes, les anciens, les pauvres, les bornés, ceux qui ne votent pas comme nous, oui, même ceux-là, ceux qui ont des idées toutes faites, ceux qui pensent que ce n'est pas la peine de s'inquiéter parce qu'ILS trouveront bien quelque chose, aux élus, à ceux qui s'en foutent... tous. Et rester en lien avec les autres transitionnaires, ne serait-ce que pour se remonter le moral pendant les passages à vide.

 

 

à suivre...

 

Le premier billet de la série se trouve .

 

 

* J'en profite pour le remercier du temps qu'il m'a consacré. C'était vraiment gentil de sa part.

 

NB : Photo prise sur le bord d'un chemin, près de Clelles, sur la route de Chichilianne.

 


Par Philomenne - Publié dans : transition
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 15:12

Les agricultures biologiques, au pluriel, car il y en a plus d'une.

L’agriculture a longtemps été "biologique" par définition, puisque seuls des procédés naturels étaient employés pour les cultures. Il n'existait rien d'autre.

Tout a commencé à changer au début du XXème siècle, pendant la "troisième révolution agricole"*. On croit souvent que la notion d'agriculture biologique est apparue longtemps après. En fait, c’est parallèlement, qu'elle s’est développée. Les fondateurs de l’agriculture biologique ont commencé dès le début, chacun de son côté, à douter de l’intérêt et de l’innocuité à long terme des intrants chimiques. Ils ont été à l'origine d'un mouvement alternatif qui a remis en cause les méthodes prônées par les chimistes de l’agronomie à mesure qu'elles se développaient. Ils reprochent en effet à l’agrochimie un certain "réductionnisme scientifique", c'est-à-dire de ne pas envisager l’entière complexité des phénomènes biologiques. A l'inverse, la démarche agrobiologique se présente comme une approche globale de l’agriculture.

Depuis le début, tout y était : la chimie contre l'approche globale. Aujourd'hui, les termes du débat n'ont pas changé.

 

Qui sont ces fondateurs ?

 

Albert Howard

 

Albert Howard (1873-1947)


  HansMuller

 

Hans Müller (1891-1988)

 (et sa femme Maria)

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Hans Peter Rusch (1906-1977)

 

 

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  Rudolph Steiner (1861-1925)

 

Masanobu-Fukuoka  Masanobu Fukuoka (1913-2008)

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Bill Mollison (1928-)

Des points communs...

Pour tous ses fondateurs, l'agrobiologie considère la plante dans son contexte (le sol et le climat) et elle envisage aussi l’exploitation comme un ensemble d’éléments interdépendants. C’est pour cette raison, par exemple, que l’exploitation bio ne devrait normalement travailler qu'en polyculture-élevage ; même si aujourd'hui le cahier des charges fait des concessions sur ce principe. Mais la question centrale, c'est celle de l’intervention de l’homme dans les processus. Ils posent tous à leur manière la question de l’opposition traditionnelle entre nature et culture. Et dans la mesure où une activité agricole est une activité humaine -c'est-à-dire culturelle- imbriquée dans la nature, qui en régit le fonctionnement, les premiers théoriciens du bio renoncent à l’opposition nature / culture et envisagent plutôt un continuum, depuis le contrôle maximal jusqu'à l'absence d'intervention. Et tous se demandent où doit se situer leur "curseur théorique" sur cet axe.

... et des différences.

C’est sur cette question de l'intervention que se distinguent le plus les différents penseurs de l’agriculture biologique. La théorie de Steiner incite à l’action, par l’application de préparations, la fabrication de composts, un calendrier d’interventions précis, guidé par l’astronomie et l’astrologie. Même si ces actions sont très différentes de celles de l’agriculture conventionnelle, c’est une méthode plutôt interventionniste. Elle s’oppose à la théorie de l'agriculture naturelle de Fukuoka qui cherche le plus possible l’imitation de la nature et la non intervention. Le modèle de Fukuoka est l’écosystème forestier. Il rejette l’intérêt du compost en tas et préconise seulement un compostage de surface. Il propose de mettre en place un système permettant ensuite de ne pas agir, ou presque… en dehors du semis et de la récolte. En fait, ce qui oppose Steiner et Fukuoka, par rapport à l'agriculture conventionnelle, c'est que l'un propose de "faire autrement"  et l'autre de "faire moins".

La cause de cette différence se trouve dans la spiritualité liée à ces théories. Pour Steiner, l’homme "produit le cosmos" autant qu’il le subit, il est donc autorisé à agir, comme n’importe quelle entité vivante. Pour Fukuoka au contraire, l’humanité doit respecter la nature et doit pour cela l’accompagner ou l’imiter et non pas la contraindre. Il oppose le non-agir bouddhique à l’"activisme" de l’agriculture chimique. La permaculture telle qu'elle a été définie par Bill Mollison (et David Holmgren) est également en faveur de ce non-agir ; elle ressemble beaucoup à l'agriculture naturelle. Et ces théories sont suffisamment opposées pour qu’il soit impossible de les concilier : biodynamie ou permaculture, il faut choisir. Laquelle est la meilleure ? C'est une question de convictions.

Les autres fondateurs se situent entre ces deux extrêmes. Howard est par exemple convaincu de la nécessité de moins agir et de chercher à imiter la nature mais Fukuoka lui reproche de ne pas pousser assez loin son modèle. Cela étant, c’est de ces intermédiaires qu’est issue l’agriculture biologique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, hors permaculture ou biodynamie revendiquées. 

Les théories fondatrices de l’agriculture biologique étaient toutes fortement imprégnées de spiritualité. C’est qu’elles étaient conçues non pas seulement pour être des modèles agronomiques mais surtout pour être des modèles de vie et de société. Elles font une critique radicale du capitalisme et de l’industrialisation outrancière. Leur objectif n'est pas seulement de promouvoir une agriculture différente. Il est de soutenir une véritable promotion sociale des paysans et d’encourager une agriculture à petite échelle, de s’opposer à la « froideur capitaliste » et de parvenir autant à une certaine "écologie économique" qu’à l’écologie des pratiques agricoles stricto sensu.

 

Longtemps, ces théories sont restées aux mains de leurs pratiquants et de leurs partisans. C’est la création de l’IFOAM, organisation fédératrice internationale, en 1972, qui a permis à l’agriculture biologique d’être reconnue officiellement au niveau mondial. En France, le premier cahier des charges officiel date de 1981 et en Europe, de 1991. Il définit seulement les techniques à mettre en oeuvre, les restrictions, les dates... sans s'occuper des dimensions idéologiques. La spiritualité des théories de l'agrobiologie est aujourd’hui souvent laissée de côté par ses pratiquants. L’occultisme Steinerien est particulier, parfois qualifié de sectaire, et on peut pratiquer la biodynamie sans se reconnaître dans ses fondements spirituels. La dimension bouddhiste de l'agriculture de Fukuoka peut sembler opaque à bien des occidentaux, qui préfèrent généralement la permaculture telle qu'elle a été définie par Bill Mollison. La composante politico-économique est parfois mise en pratique, par exemple dans le cadre de la vente en AMAP. Mais ce n’est pas toujours le cas et il y a des exploitants qui s'en tiennent à la stricte application du cahier des charges.

Au final, l’agriculture biologique aujourd’hui se concentre essentiellement sur l’interdiction des intrants chimiques et des OGM et, s’agissant de la production végétale, sur la préservation de l’environnement, de la qualité des sols et des ressources naturelles. Le rajout d’impératifs supplémentaires est laissé à la libre appréciation de chacun ou des labels privés, comme Demeter. Il y a donc une contrainte partielle, si on la compare aux préceptes des fondateurs, mais déjà exigeante par rapport à l’agriculture dite "conventionnelle". Cependant, avec, d'un côté, la dernière réglementation sur l'agriculture biologique (1er janvier 2009) qui assouplit certaines obligations et, d'un autre côté, de plus grandes exigences environnementales en agriculture conventionnelle, il y a actuellement un rapprochement indéniable des deux méthodes.

 

 

* La première, c'était le néolithique, la deuxième, l'invention de la charrue, la troisième, l'arrivée de la chimie : engrais et pesticides.

 

 

Mes sources principales : la thèse d'Yvan Besson, Histoire de l'agriculture biologique : une introduction aux fondateurs, Sir Albert Howard, Rudolph Steiner, le couple Müller et Hans Peter Rusch, Masanobu Fukuoka (un travail vraiment remarquable, même si je lui reproche de confondre l'agriculture naturelle de Fukuoka avec la permaculture et de faire l'impasse sur Bill Mollison.)

Par Philomenne - Publié dans : agronomie
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 14:00

Spécial dédicace à mes topines d'un certain jardin collectif que j'affectionne. Fallait pas me pousser les filles...

 

Aïe ! En un seul titre, je viens de perdre quatre-vingt dix pour cent de mes lecteurs. Revenez, j'explique.

 

Avant toute chose, je précise que je ne connais pas personnellement Claude Bourguignon. Je ne sais donc pas s'il est sympathique ou antipathique, je n'ai aucun contentieux personnel avec lui. Ce préalable étant posé, argumentons.

J'ai lu son livre, j'ai assisté à sa conférence*, le 10 février 2011 à Quétigny (Côte d'Or). Sur le fond, bien sûr que je suis d'accord. Travailler les sols n'importe comment, trop profondément, dans de mauvaises conditions... peut entraîner des problèmes d'érosion, de perte de matière organique, de diminution importante de la macrofaune (dont les vers de terre sont l'exemple le plus connu, bien qu'ils ne soient pas les seuls), une dégradation de la structure, etc. Toutes choses qui signifient une baisse de la fertilité et de la qualité des sols. A l'heure actuelle, les problèmes liés aux sols sont réels, je ne vois pas comment je pourrais contester cela.

Je commence à tiquer pendant l'exposé des faits, parce que tout est mélangé et sans nuance. On évoque l'érosion des vignes en Bourgogne, c'est une photo du Brésil qui illustre le propos, retour en France, puis évocation de la Chine... Tout cela sans préciser une chose importante : les sols des régions tempérés et les sols tropicaux n'ont pas du tout les mêmes réactions, ni ne sont concernés par les mêmes problèmes. Les sols tropicaux sont anciens, ils n'ont pas subi les glaciations, la roche-mère est loin dessous... tout cela les rend plus fragiles que les sols des pays tempérés. Ils sont, contrairement à ce que l'on croit souvent, moins fertiles et, effectivement, très sensibles à l'érosion. Par contre, ce qui est le plus préoccupant pour les sols des pays tempérés, ce n'est pas l'érosion mais l'artificialisation : toutes les zones qui sont retirées de la production agricole pour devenir des parking, des routes, des zones commerciales... sont autant de surfaces qui non seulement ne produisent plus mais qui, ainsi imperméabilisées, ne peuvent plus jouer leur rôle en matière de stockage de carbone, de rétention et de filtre pour les eaux, de réservoir de biodiversité. En bref, l'amalgame entre les sols tropicaux et les sols de milieux tempérés, le mélange des faiblesses des uns et des autres, est contestable, parce qu'il conduit à des incohérences.

Je tique également beaucoup sur la forme, le discours catastrophiste et l'habitude de dire que les sols sont "morts". Affirmer cela, c'est se livrer à une sorte d'anthropomorphisme bizarre et scientifiquement très contestable. Un sol n'est pas un être vivant, donc il ne peut pas être mort. En revanche, il contient des être vivants qui eux, peuvent disparaître jusqu'à, effectivement, ne plus être suffisamment nombreux. Et alors, oui, la qualité du sol s'en ressent. Mais il n'y a jamais zéro être vivant dans un sol, même dans les déserts, même dans les sols les plus dégradés, il reste toujours de la vie. Et quant à la vie microbiologique, même si elle peut diminuer fortement, elle n'est jamais absente, loin s'en faut : entre dix et cent millions de micro-organismes par gramme de terre.

La récurrence de cette phrase, "Le sol est mort", est une partie d'un discours global très noir, dont le vocabulaire ne peut pas laisser indifférent : on détruit les sols, les écosystèmes s'effondrent, les sols sont stérilisés, c'est une catastrophe, on est en train de le tuer, de le massacrer... Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on l'entend bien venir, la catastrophe ! Je tends l'oreille et je me demande quel est l'intérêt de tenir un discours aussi noir, en d'autres termes, un discours qui fait peur. Parce que de deux choses l'une : soit on a raison et on n'a pas besoin de faire peur pour convaincre. Soit on utilise les procédés rhétoriques coutumiers des hommes politiques qui veulent accéder au pouvoir pour de mauvaises raisons mais alors, c'est l'ensemble du discours qui devient sujet à caution. Faire peur pour convaincre, c'est s'adresser non pas à la raison de celui qui écoute mais à son instinct et à ses pulsions. C'est indigne d'un scientifique et c'est moche. Accessoirement, c'est un aveux de faiblesse.

En plus de tout cela, ce discours mériterait largement d'être nuancé. S'il est vrai que les questions liées aux sols sont importantes, il est faux de laisser entendre que tout le monde s'en fiche. Depuis un certain nombre d'années, on progresse, les agriculteurs prennent conscience des enjeux, se forment et s'organisent. C'est l'association BASE, dans l'ouest de la France, ce sont les tenants de l'agriculture de conservation, c'est le développement constant des techniques culturales simplifiées et du semis sous couvert, c'est l'obligation règlementaire d'implanter des CIPAN...  Je me souviens, lorsque j'étais en BTS, que notre prof d'agronomie, agriculteur lui-même, nous enseignait ces techniques, qu'il mettait en application dans son exploitation. Bref, ça bouge. Un mouvement qui peut certes sembler un peu lent mais c'est comme un paquebot : il se passe du temps entre le moment où on tourne la barre et celui où le bateau a effectivement tourné. Le temps pour tout un chacun de changer ses représentations et ses pratiques. Tenir un discours catastrophiste ne fera pas bouger les choses plus vite, bien au contraire.

Mais alors, si les choses progressent, pourquoi continuer à tenir ce discours de cataclysme ? J'ai bien peur de pouvoir faire une hypothèse : Claude Bourguignon étant installé à son compte, il vit de ses prestations d'analyse et de conseil auprès des agriculteurs. Que se passerait-il s'il tenait un discours nuancé et s'il se mettait à dire que les choses s'améliorent ? Il perdrait sa clientèle. En fait, le problème est là : la peur est son fond de commerce, sa posture "J'ai raison contre le monde entier", ce qui le fait tenir.   Chenopodium album01

J'ai également été très choquée par certaines réponses aux questions posées par le public. L'exemple le plus frappant est celui d'un jeune maraicher qui a parlé d'un problème qu'il avait avec une invasion de chénopodes (photo à droite). Etant en bio, il ne pouvait ni ne voulait utiliser de désherbants. Sachant que le chénopode a le défaut, d'une part, d'être très envahissant et d'autre part, d'être un bon support de maladies qu'il repasse à ses voisines plantes comestibles. "Laissez-les, lui a-t-on répondu, ça apporte du (phosphore ?**)". Et c'est tout. Un conseil aussi définitif, sans connaître cet agriculteur, sans connaître son exploitation, ni avoir vu son sol, ni lui avoir posé la moindre question ? Je devrais apprendre à faire mon boulot aussi simplement, je gagnerais du temps ! Au final, je ne sais pas si c'était un conseil pertinent ou non. Mais je suis sure d'une chose : avec aussi peu de renseignements sur son interlocuteur, le conférencier ne le sait pas non plus. Et puis même si ce conseil est le bon, il ne peut pas s'arrêter là. S'il y a invasion de chénopodes, c'est qu'il y a un problème quelque part***, peut-être dans la rotation, peut-être dans la technique, dans le labour s'il en fait un... bref, quelque chose à changer. Si ce jeune maraîcher avait suivi ce conseil sans rien changer d'autre, il se serait très vite retrouvé envahi de chénopodes, peut-être obligé de faire plusieurs labours pour s'en débarrasser... bref, tout le contraire de l'objectif recherché. 

Autre chose me gène encore : je n'ai pas senti de désir de transmettre, dans les propos tenus pendant cette conférence. Au contraire. N'est-ce pas un peu étrange, quand on approche de la retraite, de ne pas souhaiter transmettre -ormis à son propre fils- ce savoir découvert et si précieusement développé ? Ce refus catégorique de prendre des stagiaires, par exemple, dont la justification économique m'a semblé plutôt légère (parce que sans blague, si on veut vraiment, on trouve des solutions), me dérange profondément. De la même manière, il n'y a pas d'autre publication que cet unique livre. Un livre qui est très bien mais très basique ; c'est une bonne introduction à la connaissance des sols pour quelqu'un qui ne serait pas spécialiste, mais c'est tout. Sur le travail fait en microbiologie, sur le travail actuel, rien. Sachant qu'un scientifique se fait avant tout reconnaitre par ses publications, dans ce cas, il n'y a rien à voir. J'ai vraiment l'impression d'avoir affaire à une boite noire.

Enfin, je suis vraiment agacée par la posture "Moi tout seul contre le monde entier". Parce qu'on n'est jamais seul à penser quelque chose ou à prendre conscience d'un problème. Et des spécialistes des sols, qui parlent des problémes liés aux sols, il y en a, qui enseignent et qui publient et prennent des stagiaires... J'en citerai seulement deux : Yvan Gautronneau, co-inventeur du profil de culture, dont la spécialité est le sol en agriculture biologique. Christian Walter, spécialiste des sols en Bretagne, dont la liste de publications est impressionnante.

Je suis bien consciente, en écrivant ce billet, de jouer les iconoclastes. J'en suis désolée ; déboulonner une statue ne me distrait pas particulièrement. J'étais arrivée à cette conférence avec le sourire, toute prête à dégainer mon admiration et en fait, plus le temps passait, plus j'étais consternée. J'en ai retenu une chose : ce n'est pas parce qu'on est en rupture avec le système qu'on a forcément raison, ce n'est pas parce qu'on fait l'objet d'un emballement médiatique et alternatif qu'on est forcément dans le vrai. Dans le cas présent, ceux qui font vraiment un gros travail et le partagent sont aussi, malheureusement, ceux devant qui on ne présente presque jamais un micro. Et c'est bien dommage.

Comme je ne veux pas critiquer sans proposer autre chose, je vous conseille vivement cet entretien avec Christian Walter. Un discours de vulgarisation à l'intention du grand public, carré et nuancé, qui s'adresse à l'entendement de qui écoute.

 

Edit du 05 mai 2012 : Dorigord m'ayant gentiment rappelé que Ruth Stégassy (émission Terre à terre sur France Culture) avait abordé le sujet le 21 mai 2011, voici le lien pour la réécouter. Elle y interviewve Konrad Schreiber, agronome, fondateur de BASE et Michel Lucas, agriculteur.

 

 

* Il  existe un enregistrement audio de cette conférence, malheureusement sans les questions.

** Je ne suis plus tout à fait sure de l'élément cité.

*** La présence en excès du chénopode dans une parcelle peut être indicatrice d’un excès de matière organique animale non compostée ou mal compostée, ou d’un travail du sol par temps trop sec. C’est une plante dite "nitrophile", caractéristique des libérations brutales d’azote. (Informations tirées de l'encyclopédie des plantes bioindicatrices de Ducerf). J'aurais aimé entendre cela dans la réponse de Bourguignon. Ainsi qu'une question sur la manière dont cet exploitant gérait la fertilisation de son sol. C'est une question cruciale pour les terres en maraichage parce que les cultures s'y succèdent à un rythme rapide.

Par Philomenne - Publié dans : ça m'éneeerve !
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 18:49

 

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(Suite de  ce billet )

 

Conférence gesticulée

 

  Dans un billet intitulé  Transition, so what ?, j'avais évoqué brièvement le pic pétrolier. Un peu trop brièvement.

Si vous souhaitez explorer cette notion sans pour autant vous endormir dessus, une conférence gesticulée intitulée Faim de pétrole permet de faire le tour de la question sans bailler. (A ceux qui ignorent ce qu'est une conférence gesticulée, je dirai que c'est une conférence, beaucoup plus légère sur la forme qu'une conférence traditionnelle mais très sérieuse sur le fond.)

 

Je vous conseille vivement de la visionner, vous ne verrez pas passer le temps et vous apprendrez plein de choses. Le conférencier s'appelle Anthony Brault, de la SCOP Le pavé. Ne vous fiez pas à son apparente décontraction, c'est un spécialiste qui maîtrise son sujet. Et je vous préviens, la première partie est assez angoissante ; ne partez pas à l'entracte, la deuxième partie propose des solutions

 

"Le meilleur moyen de prévenir une catastrophe, c'est encore d'en avoir conscience."

 

 

 

 

 

 

 

"Que l'envie de réussir soit plus forte que la peur d'échouer..."

 

 

à suivre...

 

Le premier billet de la série se trouve .

Par Philomenne - Publié dans : médiathèque
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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 11:04

Il y a quelques temps, ce billet de Fourrure m'avait rappelé quelques souvenirs.

 

Avec eux, ça n'a jamais été bien, du plus loin que je me rappelle, le courant n'est pas passé. Le premier contact, froid et inamical, s'est prolongé par leur absence chronique lorsque j'étais là, passages en coup de vent, dans le meilleur des cas, de l'un ou de l'autre. Hostilité à toutes les étapes.

Ils sont frère et soeur, installés ensemble à la suite de leurs parents. Pas sûr qu'ils aient eu le choix, les choses ayant été décidées d'avance, comme une évidence. Les parents continuent à travailler à la ferme, bien qu'ils soient officiellement à la retraite. La mère fait la loi, autoritaire et revêche. Le père est silencieux. La sœur est mariée et mère de famille mais passe tout son temps à la ferme. Le frère est célibataire et vit chez ses parents. A mon avis, il se mariera quand sa mère l'aura décidé, pas avant. Ils n'ont qu'une seule religion : le travail. Toute personne qui ne travaille pas d'arrache-pied du matin jusqu'au soir est une feignasse, un inutile. Il va de soi que le seul travail qui vaille est le travail manuel ; l'intellect compte pour du beurre. Tout temps pris pour parler, pour réfléchir, est du temps perdu. La technicienne que je suis est donc par définition une paresseuse, un parasite qui leur coûte cher et ne rapporte rien. C'est bien parce qu'ils font des concours avec leurs vaches qu'ils adhèrent, à contre-cœur, au contrôle laitier. Cerise sur le gâteau, je ne suis pas d'ici. Pêcher mortel que voici, en tant qu'étrangère, née à quelques centaines de kilomètres, je n'ai aucune chance de leur plaire, quoi que je fasse. 

Ils cumulent les ateliers : vaches laitières, taurillons, volaille, engraissement de porcelets, cultures. De quoi donner du travail à six personnes au minimum. Il veut "des vaches à douze mille". Comprendre douze mille litres de lait par an et par vache, soit un niveau possible mais tout de même exceptionnel. Elle veut une prévision laitière mais pas de ration. Le vendeur d'aliment fait la ration, en mettant à peu près trois fois trop de concentré mais ils refusent de faire autrement. Je me contente de sortir les coûts alimentaires tous les mois, sans plus de commentaire ; j'ai bien senti que ceux que j'ai fait les premières fois ne sont pas passés. Je n'ai jamais vu une ration aussi coûteuse, ni aussi peu efficace et les vaches sont à huit mille dans les meilleurs moments. Il veut de la génétique américaine, achète des doses d'outre-Atlantique mais uniquement celles qui sont en promotion ; pas les meilleures.

Avec les vaches, la traite est expédiée, les pâtures pas gérées, herbe trop haute, gaspillée, les soins sont bâclés. Les génisses sont inséminées avec six mois de retard. Les taurillons, quant à eux, pataugent dans le fumier jusqu'au poitrail. Je sais par la rumeur qu'au poulailler, c'est un peu la même chose. Et ça ne va pas, le peu que je les vois, ils passent leur temps à râler : trop de travail, ça ne rapporte pas assez, le lait n'est pas payé assez cher, les vaches ne produisent pas assez, elles ne sont pas assez belles... le ton est nettement accusateur, je sens bien que d'une certaine manière, c'est de ma faute. Je propose des modifications qu'ils refusent les unes après les autres. Pas d'accord et puis de toute façon, pas le temps. Je propose une autre gestion des pâtures. Non, mais de toute façon, ils ne veulent pas que leurs vaches soient nourries à l'herbe. Ça ne fait pas de lait, une vache qui mange de l'herbe ! Ma marge de manœuvre est étroite, pour ne pas dire nulle, j'étouffe. Ils veulent que je fasse le point sur les génisses mais elles sont loin et je ne peux pas les trouver seule, disent-ils. Ils n'ont pas le temps de m'y emmener pour me montrer l'endroit. J'ai l'impression très frustrante que je fais juste acte de présence. Je fais un tour de l'élevage, sous le regard réprobateur de la mère, pour qui je me balade. J'imprime des papiers que l'on attend de moi mais qui ne seront pas lus. Lettre morte, d'une fois sur l'autre, pas le temps, gaspillage.

Un jour, j'ai un peu plus insisté pour voir les génisses, puisqu'ils voulaient que je m'en occupe. Qu'on puisse avancer un peu, quoi. Elle m'y a emmenée à contre-cœur. A notre retour, sa mère, furieuse, lui a hurlé dessus. Depuis le salon où on me reléguait pour "faire les papiers", je l'entendais dire que sa fille lui avait manqué de respect, que ce n'était pas les étrangers qui allaient faire la loi chez elle... Des propos qui m'étaient bien sûr destinés, à travers la porte close. Ambiance...

C'est finalement avec le frère, que les relations sont les moins mauvaises. Le peu de fois où je le vois, il est juste épuisant. Boule de nerfs incapable de se poser, il reste toujours debout, jambes écartées, il se balance d'un pied sur l'autre dans un mouvement pendulaire hypnotisant, à une vitesse infernale. Mais j'arrive quand même à parler un peu avec lui.

Bien sûr, un jour, ils ont appelé mon chef pour leur dire que j'étais nulle et que je ne leur apportais rien. Et puis est venu un autre jour, pas très longtemps après, où c'était la dernière fois que je passais, juste avant de partir en formation. J'ai dit au revoir poliment, je suis montée dans la voiture et en manœuvrant pour partir, j'ai débouché intérieurement une petite bouteille de champagne virtuelle. Ceux-là ne me manqueraient pas. 

Par Philomenne - Publié dans : portraits
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                          Un citoyen en campagne

 

Une historienne de la grande guerre :

                         Le blog du Romieu

 

Les cuisinières :

                         Cléa

                         Cerise

                         Cuisine végétarienne

 

Dessin + cuisine, ça donne :

                         A boire et à manger

 

Les avocats :

                         Maitre Eolas

                         Maitre Mô

 

Les toubibs :

                        Martin Winckler

                        Jaddo

                        Borée

 

La sage-femme :

                        Dix lunes

 

Le vétérinaire :

                        Dr Fourrure

 

 

Y a pas que le sexe dans la vie (quoique...) :

                        Les 400 culs

                        Comme une image

                        Gaëlle-Marie Zimermann

 

Merci de respecter mes écrits

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