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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 18:50

Je le disais il y a quelques temps, la dégradation de l'offre over-blog avaient sérieusement rafraichi mon enthousiasme quant à cette plate-forme et l'arrivée de la publicité obligatoire avait parachevé mon exaspération... j'avais donc décidé de "déménager" mon blog. C'est chose faite aujourd'hui.

 

Acheter une nouvelle maison est une chose mais il faut surtout déménager. Un blog, d'un point de vue informatique, c'est une base de données, une base de données que certains hébergeurs permettent de récupérer, mais pas over-blog. Ou plutôt, plus over-blog. Il y a bien des plus forts que moi qui ont bricolé des programmes permettant cette récupération mais over-blog les a bloqués au fur et à mesure de leur conception. Résultat : pour récupérer mes textes et les commentaires afin de les installer dans le nouveau blog, la seule solution aurait été de contacter over-blog pour obtenir ma base de données, moyennant finances. Payer pour récupérer mon propre travail... Sans rire ! Et acheter ma liberté... C'est mal me connaitre. Munie de mon p'tit mulot, je me suis donc attaquée à un long travail de copiés-collés. Je ne veux pas savoir combien de temps j'y ai passé mais aujourd'hui, c'est terminé.

 

Les abonnés du blog over-blog peuvent, si le cœur leur en dit, se réabonner au nouveau.

 

Le vieux blog continuera à exister pendant quelques temps, mais les commentaires sont fermés (il est possible de commenter les anciens billets sur le nouveau blog) et il s'endormira doucement. Quant à moi, je continue, je vais même pouvoir me remettre à écrire sérieusement. Pour découvrir le nouveau blog, je vous invite à cliquer... ici !

 

Published by Philomenne - dans blogosphère
13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 00:15

 

Difficile de passer à côté de l'affaire de la ferme des mille vaches ces derniers temps. La résistance est active. Pourtant, les raisons mises en avant par certains opposants me laissent un peu perplexe. 

Avant tout, il y a la question de la légalité de l'installation. En la matière, de deux choses l'une, soit l'installation est légale, soit elle ne l'est pas. Et dans l'hypothèse où elle ne le serait pas, ce serait purement et simplement scandaleux. Si les exploitations de taille "habituelle" sont soumises à des règlementations, à des normes, à des obligations, si elles sont sanctionnées dans les cas où elles ne s'y conforment pas, il doit en être de même pour une ferme gigantesque. Ni plus, ni moins. Et il serait inadmissible que l'on fasse une exception, fut-ce au nom de "l'emploi" ou de l'activité créée. Je ne vois aucune raison, absolument aucune, de déroger à ce principe. 

 

Ce préalable étant posé, je vais supposer, pour les besoins de la démonstration, que la règlementation est parfaitement respectée. Dans cette hypothèse, finalement, où est le problème ?

 

Le bien être animal ? L'exploitation est construite autour d'un système de traite robotisé. Cela signifie que les vaches ne peuvent pas sortir parce qu'elles doivent être à proximité du robot. Dans certaines fermes dont la traite est robotisée, et selon l'organisation des terres et du pâturage, il est possible de faire sortir les vaches. Mais c'est compliqué et encore assez rarement possible. Sur le principe, les vaches sont donc en bâtiment à cause du robot. A noter qu'il y a également des exploitations dans lesquelles la traite n'est pas robotisée et les vaches ne sortent pas quand même, parce que c'est le choix de l'éleveur. Le système est construit de cette manière : vaches en bâtiment et zéro pâturage. Avec distribution de fourrages conservés et/ou affouragement en vert (c'est-à-dire que l'herbe est coupée au champ et apportée à l'auge). Techniquement et économiquement, cela a des avantages et des inconvénients. Du point de vue du bien être animal, si la règlementation est respectée (tant de mètres carré par animal), il n'y a rien à dire. Je peux comprendre qu'on trouve insupportable l'idée qu'une vache soit enfermée à vie dans un bâtiment. C'est même à mon avis justifié. Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi on trouve ce principe insupportable quand il y a mille vaches et pas quand il y en a quarante. La surface par vache étant identique, soit cette situation est intolérable dans tous les cas et il faut condamner en bloc, soit elle ne l'est pas et il n'y a rien à contester sur ce point. Pis encore, j'ai du mal à comprendre pourquoi on proteste contre des vaches en stabulation libre1 et qu'on trouve par ailleurs tellement mignonnes les vaches en montagne alors que dans de nombreux cas, elles passent six mois par an à l'intérieur, à l'attache, les seules possibilités pour elles étant d'être couchées ou debout. L'ivresse de l'alapage l'été, oui, mais payée au prix fort de six mois d'immobilité par an, même pour vêler. Et personne ne s'indigne, alors que c'est probablement bien plus dur à supporter pour un bovin, qui a physiologiquement besoin de mouvement, que la possibilité de se déplacer sur une aire paillée.

 

La pollution ? Dans le cas de la ferme des mille vaches, la surface de l'exploitation en elle-même est très petite. Mais il est prévu que les lisiers, ou plutôt le digestat issu de la méthanisation, soit "exporté", c'est-à-dire épandu sur des exploitations voisines, ce qui est parfaitement légal. Si la règlementation est respectée, c'est-à-dire si les quantités d'azote épandues par hectare sont conformes à la règlementation, je ne vois pas pourquoi cet élevage poserait problème plus que les autres. Il ne sera pas moins polluant que les autres mais pas davantage non plus. Donc soit on s'indigne des normes en vigueur -qui sont appliquées dans la totalité du pays-, soit on ne s'indigne pas du tout. A vrai dire, on aurait raison de s'indigner, quand on voit l'état de la situation : taux de nitrates excessifs dans l'eau, algues vertes, pollution pratiquement généralisée des eaux de surface, pollution grandissante des eaux souterraines... Récemment, la France a de nouveau été condamnée en raison de son inertie dans l'application de la directive nitrates par la cour de justice européenne. Il y a largement de quoi s'énerver. Mais ne nous trompons pas de colère. Le problème est national.

 

La méthanisation ? Sur le principe, la méthanisation, c'est plutôt une bonne chose. C'est une manière raisonnablement peu polluante de produire du gaz, ou de l'électricité via la cogénération, en récupérant le méthane issu de fermentations au lieu de le laisser partir dans l'atmosphère. Le problème que pose la méthanisation, c'est plutôt les risques de dérives. Par exemple, si on se mettait à cultiver du maïs2 pour le mettre dans le méthaniseur au lieu de le manger (ou de le donner aux animaux), on se retrouverait en face du même dilemme qu'avec les agrocarburants. Mais tant qu'on se contente d'y introduire des déchets, des lisiers et des sous-produits, c'est plutôt une bonne manière de les valoriser. On s'inquiète de la taille de ce méthaniseur, qui est le plus gros projet de France à l'heure actuelle (mais pas le seul projet de grande envergure). Cependant, techniquement, plus un méthaniseur est gros, mieux il fonctionne et mieux il valorise ce qu'on y met. Je ne suis pas choquée non plus par le fait qu'il serve à recycler certains déchets de l'industrie, surtout s'ils sont issus de l'agroalimentaire. Pour qu'un méthaniseur fonctionne de manière optimale, il est nécessaire d'y introduire des déchets diversifiés. Dans l'idéal, il faut des matières azotés (des lisiers, des fumiers), des matières carbonnées (des produits d'élagage, des tontes de gazon...) et si on peut rajouter des graisses (issues de la transformation de viandes ou de produits laitiers, par exemple), il fonctionne encore mieux. En fait, le seul problème restant - et il n'est pas négligeable- c'est que l'apport de sous-produits de l'industrie dans le méthaniseur va inévitablement entrainer un ballet de camions dans les environs de l'exploitation, lequel engendrera trafic routier et pollution. 

 

Mais alors, doit-on s'opposer au projet de la ferme des mille vaches ?


Oui ! Nous devons nous y opposer de toutes nos forces, mais pas pour des raisons de bien être animal ou de pollution. Il faut s'y opposer parce que c'est la forme extrême de l'industrialisation de l'agriculture, la promotion d'un modèle économique qui détruit des emplois par la mécanisation outrancière et privilégie la quantité sans souci de la qualité. C'est le stade ultime d'une agriculture inhumaine, au sens premier du terme : dans laquelle l'humain n'a pas sa place. Un comble, quand on pense que c'est quand même pour nourrir les hommes que l'on fait de l'agriculture. Mais s'opposer à ce projet est loin d'être suffisant. 

 

1000 vaches

D'une part, il est peu probable qu'on puisse empêcher cette ferme de voir le jour. Tant que la règlementation sera respectée, rien n'étant illégal, je ne vois pas comment interdire quoi que ce soit à terme. Et le démontage de la salle de traite, par exemple, s'il envoie un signe fort, n'aura fait que retarder l'échéance. 

D'autre part, et surtout, lorsque je vois les manifestations, j'aurais presque envie de dire qu'il serait bien temps de se réveiller3. En effet, si ce projet est aujourd'hui possible, ce n'est pas pas tant parce qu'il se trouve quelqu'un qui a les moyens financiers de les réaliser mais parce que les évolutions de l'agriculture pendant le demi siècle qui vient de s'écouler l'ont rendu possible. J'entends par "possible" le fait qu'un projet de cette ampleur soit imaginable, techniquement réalisable et légal. Depuis le temps que l'on pousse à l'agrandissement des exploitations, à la mécanisation, à l'automatisation, depuis le temps que l'on fait des lois et des règlementations qui autorisent des grandes installations, depuis le temps qu'on pousse à l'intensification et à la production de masse, ça devait arriver. En d'autres termes, la ferme des mille vaches va probablement voir la jour parce qu'elle est l'aboutissement logique et inévitable des évolutions de l'agriculture depuis des décennies. Le problème, c'est que jusqu'à aujourd'hui, on a laissé faire et qu'un vrai retour en arrière va être très difficile à mettre en œuvre.

Autrement dit, il faut s'opposer à la ferme des mille vaches mais s'en tenir là n'aurait aucun sens. C'est la totalité de la logique agricole actuelle qu'il faut remettre en cause. Cette logique qui veut qu'on voie toujours plus grand, qu'on cherche toujours plus à exporter, à produire toujours plus. La ferme des mille vaches fait parler d'elle en tant que symbole mais j'ai bien peur que s'en prendre au symbole et uniquement à lui ne serve pas à autre chose qu'à déclencher une tempête médiatique qui retombera comme un soufflé. En d'autres termes, cela reviendrait uniquement à tenter de casser le thermomètre.

Il faut s'opposer au projet de la ferme des mille vaches et quel que soit le résultat de cette lutte, il faut aller au delà et militer ardemment pour une agriculture paysanne. Cette agriculture créatrice d'emplois, peu polluante, respectueuse de la vie... cette agriculture humaine dans le plein sens du terme.

J'ai été heureuse de trouver cette idée sous la plume de la confédération paysanne qui définit ce projet de ferme des mille vaches comme l'arbre qui cache la forêt d'une industrialisation de plus en plus dévastatrice de l'agriculture.

 

 

1) Stabulation libre : les animaux sont dans un bâtiment mais ils ne sont pas attachées et peuvent se mouvoir normalement, soit sur une aire paillée, soit sur une surface bétonnée ou faite de caillebotis. Dans ce dernier cas, les zones réservées au couchage sont généralement soit paillées, soit couvertes d'un matelas spécial.

 

2) Pour le moment, ce risque n'existe pas parce que ce n'est pas rentable. Il faudrait que la culture du maïs pour la méthanisation soit subventionnée pour que cela le devienne et ce n'est pas le cas à l'heure actuelle. Cependant, un projet de loi est actuellement à l'étude.

 

3) Je ne me sens pas moi-même exempte de reproches à ce sujet, faut-il le préciser. Et par ailleurs, il y a depuis longtemps des personnes qui remettent en cause les évolutions de l'agriculture européenne. Trop peu nombreuses.

 

Published by Philomenne - dans ça m'éneeerve !
19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 15:40

C'était ce vendredi, au centre socioculturel de la ville de Josselin. Imaginez des barrières métalliques, disposées en entonnoir. Au bout, un sas, des vigiles. Les salariés sont appelés un à un, par ordre alphabétique, à passer par ce sas. A l'intérieur, on leur remet une enveloppe. Une enveloppe qui contient un badge et un papier rose. Ou pas. 755 salariés sont passés par ce dispositif pendant la matinée, 225 d'entre eux n'ont pas reçu le papier rose. Virés, lourdés, licenciés, en fonction de critères dont personne ne saura rien. A la sortie, certains des licenciés pleurent. "C'est bien qu'ils aient fait ça un vendredi, dit l'un d'eux, ça laisse le week-end pour se suicider". Ambiance. Certains d'entre eux avaient accepté, après la fermeture du site de Lampaul-Guimiliau, d'être réembauchés ici, et pour cela ils avaient déménagé avec leur famille. Licenciés à nouveau, ils ont la sensation d'avoir consenti un sacrifice inutile. Dans certains cas, ce sont les deux personnes d'un couple qui ont été remerciées. Les derniers de la liste ont attendu plus de quatre heures pour connaitre leur sort. Aucune révolte, quelques mots de désespoir, des larmes. Les gendarmes en attente à quelques centaines de mètres se seront révélés bien inutiles. 

A la toute fin, cynisme ou incompréhension totale des enjeux, la parole du maire : "C'est un miracle". Sans commentaire.

 

 

Que l'on licencie, certes1. Mais était-on obligés de mettre en place un dispositif qui singeait le fonctionnement d'un abattoir ? Etait-on obligés de faire attendre les salariés pendant plus de quatre heures, dehors, debout... -et je n'ai pas connaissance qu'on leur ait même proposé un café en attendant ? Tout cela est d'une violence inouie. C'est avec ce genre de procédés qu'on casse les personnes, qu'on les soumet, qu'on les désespère. Et c'est proprement révoltant.

C'est d'autant plus révoltant que Gad est une de ces entreprises qui emploie essentiellement des ouvriers, à des tâches physiquement difficiles. Et comme souvent dans ce genre de cas, il y a une forte cohésion dans les équipes, un sentiment d'appartenance important des salariés, une fierté de faire son travail et de faire partie de l'entreprise depuis longtemps. Au cours de la matinée de vendredi, ils ont réalisé que c'était du vent, ou plutôt, que c'était un sentiment non réciproque. Pour l'entreprise, les ouvriers sont des numéros que l'on peut faire passer sous les fourches caudines alors même qu'ils ne sont pour rien dans sa faillite. Ils deviennent ainsi doublement victimes, quand les responsables de cette situation (et j'entends "responsable" au sens large, c'est-à-dire en englobant ceux qui sont restés passifs alors qu'ils auraient pu prendre la situation à bras le corps quand il était encore temps) s'en sortent sans une égratignure.

Ce qui s'est passé vendredi au sein de l'entreprise Gad n'est certes pas un événement unique ; maltraiter les salariés est devenu une habitude dans notre système économique. C'est une évidence qu'il ne devrait pas être permis de traiter qui que ce soit de cette manière. Mais au-delà et surtout, cela participe d'une logique plus globale : élevage industriel qui maltraite les animaux, production intensive (ici de porcs) par des éleveurs qui sont eux-même matraités par les coopératives, abattage à la chaine dans un abattoir qui maltraite ses employés, commercialisation dans les supermarchés dont les caissières n'ont pas un sort très enviable, éventuellement après passage par la transformation dans l'industrie agroalimentaire qui ne maltraite pas moins ses salariés. Au bout de la chaine, le consommateur, qui mange un aliment dont la qualité laisse à désirer. C'est cette logique globale qu'il faut changer.

 

Mes sources : Le Monde, Ouest France, Le télégramme, Terre-net et une personne qui s'y trouvait et m'a raconté sa matinée ; je ne peux bien entendu pas citer son nom.

 

1) Encore qu'il y aurait beaucoup à dire sur le fait que la crise qui touche l'entreprise Gad depuis près de vingt mois, et a déjà entrainé le licenciement de neuf cents personnes, aurait pu être prévenue et traitée en amont, bien avant d'en arriver là. Depuis des années, l'entreprise était en difficultés, en proie aux modifications de la conjoncture, victime d'erreurs de gestion et du turn-over incessant des responsables de site... Le camion fonçait dans le mur et personne n'a pris l'initiative de tourner le volant à temps. 

Published by Philomenne - dans grosse colère
14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 20:30

vachere 2Elle m'attendait à la gare, cette grande fille aux longs cheveux. Elle était pieds nus. Et elle était fatiguée. Mais elle m'attendait tout de même et je n'aurais su dire qui d'elle ou de moi était la plus impatiente. Elle avait cuisiné une ratatouille, acheté du fromage, du pain ; on a parlé jusqu'à une heure avancée de la nuit. Nous faisions connaissance et j'avais déjà l'impression de la connaitre depuis longtemps.

J'ai dormi comme une marmotte. A mon réveil, elle était levée depuis longtemps, elle avait rapporté des croissants. Elle m'a emmenée en balade, elle m'a embarquée au travail, chez Madame Sans-Soucy. J'ai rempli l'abreuvoir, photographié les vaches, donné des biberons, pendant qu'elle faisait son boulot. J'ai renoué avec l'odeur délicieuse des étables de montagne, si différente de celles de plaine. J'ai plongé ma figure dans le foin vert et craquant, je me suis rempli les yeux et le cœur des images de montagne.

 vachere 1J'ai été impressionnée par son énergie et son perfectionnisme, par sa manière d'appréhender les vaches, exceptionnelle. Qu'elle ait une relation particulière avec les animaux1, je le savais déjà ; il n'y a qu'à lire ses textes. Le voir est plus émouvant encore. Voir avec quelle intuition elle les aborde, avec quelle assurance elle se penche sur un veau malade, et s'apercevoir que pour elle, c'est avant tout une question de sensation. Celui-ci est trop malade pour boire, celle-là est un peu sur l'œil, celle-là est gentille mais il faut la bloquer si on veut qu'elle se laisse têter. Ses connaissances et son expérience ont du poids, certes, mais il y a quelque chose en plus. La sensibilité, le talent de saisir des signes imperceptibles, qui ont du sens pour qui sait les entendre. Ce talent qui fait dire à l'ancien "Celle-là, elle est valable".

Je ne sais pas combien d'heure nous avons passées à bavarder, à nous raconter nos vies, à comparer nos expériences. Ces deux jours de pause hors de mon quotidien et de retrouvailles avec la montagne m'ont, qui plus est, fait le plus grand bien. Ils sont passés vite, trop vite et pourtant, ils ont définitivement changé quelque chose. Petite Vachère est sortie de la toile pour entrer dans ma vraie vie. Et c'était bien.

Au moment de se quitter, elle m'a serrée fort dans ses bras. Je n'avais pas envie de m'en aller. J'espère qu'on se reverra bientôt.

 

 

1) Tous les animaux... même les carpes. C'est dire.    
Published by Philomenne - dans portraits
21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 12:00

tien an men

Parce que l'intéressé a la gentillesse de m'écrire, je peux faire aujourd'hui une chose qui me plait particulièrement : donner une suite à un billet.

Que s'est-il passé après  la semaine d'actions1 de l'homme debout ? Malheureusement, pas grand chose ; quelques articles dans la presse, mais pas de réponse des institutions interpelées. Non seulement le dossier de Mikaël n'a pas été revu mais la SAFER n'a pas répondu à ses questions. Depuis, d'autres projets du même type que le sien ont été refusés et les médias, comme à leur habitude, sont passés à autre chose.

Le succès de l'action "homme debout" est donc en demi-teinte : il y a eu un effet sur le moment (provoquer la fermeture de la Maison de l'Agriculture et quelques remous médiatiques) mais pas de répercussion tangible sur le long terme.

Aujourd'hui, Mikaël a mis ses projets d'installation de côté et il sait qu'il devra peut-être y renoncer définitivement. Il s'est tourné vers d'autres activités agricoles et travaille notamment à l'élaboration d'une école paysanne, pour former les habitants des villes à l'agroécologie, ouvrir une voie vers une agriculture vivrière et l'autonomie alimentaire des citadins.

Parallèlement, il soutient des projets semblables au sien, tout en déplorant que les instances décisionnaires (notamment pour ce qui est de l'attribution des terres) n'en veuillent pas par principe et privilégient systématiquement un modèle unique d'exploitation de grande taille. Il se dit convaincu que cette voie est une impasse et que les vraies solutions d'avenir sont dans les petites structures et l'agroécologie.

Pour ma part, je dois dire que je ne comprends pas le silence des institutions. Que le projet soit refusé, admettons. Encore qu'il soit contestable qu'il ait été accepté puis refusé ensuite, mais admettons. Mais que tout cela se soit fait sans explication ni justification confine à l'insupportable. Cette attitude de la SAFER n'est pas autre chose que du mépris. Il y a peut-être des raisons (la méconnaissance complète en matière de permaculture des élus, estampillés FNSEA, qui ont pris la décision, notamment) mais ce n'est en aucun cas une excuse pour traiter de cette manière un porteur de projet. 

 

1) Devant la SAFER à Saint-Brieuc, la Maison de l'Agriculture de Rennes, le Crédit agricole du grand ouest et la mairie de Rennes.

Published by Philomenne - dans ça m'éneeerve !
15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 09:12

Monsieur Bourguignon m'écrit... ou quelqu'un qui prétend être lui. Il est facile de laisser un commentaire en disant "Je suis Claude Bourguignon", c'est invérifiable.

Vous qui avez laissé en bas de ce billet une copieuse tartine de commentaires, supposons pour les besoins de la démonstration que vous soyez effectivement Claude Bourguignon. En vérité j'en doute très sérieusement mais si vous êtes un usurpateur, vous êtes probablement un admirateur du sus-nommé qui a cru bien faire et cela ne mérite pas moins une réponse.

 

Avant tout, merci d'avoir pris le temps d'écrire aussi longuement. Même deux ans et demi après sa publication ce billet reste un des plus lus sur ce blog, donc je suis sure que vos réponses intéresseront les lecteurs qui s'attardent parfois ici.

Je vais essayer de reprendre les choses dans l'ordre :

- Vous me reprochez de parler anonymement. Vous confondez anonymat et pseudonymat. Je ne suis pas anonyme. J'ai un nom -Philomenne- que d'ailleurs vous utilisez à plusieurs reprises. Ce n'est pas le nom que m'ont donné mes parents, c'est un pseudonyme, un nom "de plume". Beaucoup d'écrivains, bien plus illustres que moi, ont écrit sous un nom qui n'était pas le leur et parfois pour les mêmes raisons que moi : séparer leur vie d'écrivant de leur vie privée et professionnelle (Erik Orsenna, par exemple, pour m'en tenir à un contemporain). Vous regrettez de ne pas connaitre mon vrai nom ? Je ne vois pas ce que cela changerait. Je ne suis pas connue, nous ne sommes pas amenés à nous rencontrer, il ne vous dirait rien. Rien de plus, ou même encore moins, que Philomenne.

- J'aurais dû aller vous parler à la fin de la conférence. J'en conviens. Mais outre le fait que la séance de questions, rappelez-vous, a tourné au désordre (des spectateurs qui partaient alors que d'autres posaient encore des questions), j'étais occupée à digérer ma stupéfaction. Et je ne suis pas rapide, ni capable de réagir spontanément. J'avais besoin de réfléchir à ce que je venais d'entendre avant de savoir ce que j'en pensais. Je suis quelqu'un de lent, c'est comme ça.

- Concernant votre réponse sur les chénopodes, je ne suis plus certaine, en effet, de l'élément que vous avez cité (mais ce n'est, quoi qu'il en soit, pas ce point que je contestais). Il est dommage que vous n'ayez pas profité de votre commentaire pour rectifier... Tout d'abord nous aurions tous appris quelque chose et ensuite, j'aurais peut-être un peu moins douté que vous soyez effectivement C. Bourguignon.

- Sur votre départ de l'INRA, j'ai cité les deux points de vue : le vôtre et celui des personnes de l'INRA, auquel je n'ai jamais prétendu adhérer. Je n'ai pas pris position, si ce n'est en soulignant la discordance entre les deux discours. On est très loin de la diffamation.

- Je n'ai jamais dit ni considéré que votre conférence soit "catastrophique". Et, au risque de me répéter, je suis d'accord sur le fond : quand on traite les sols n'importe comment, on diminue leur fertilité et leur qualité (agronomique et écologique). Ce que je conteste, c'est la forme, le discours mortifère qui endort les consciences et paralyse l'action. D'autres, au 19ème siècle, tenaient déjà un discours alarmiste ? Et on en est encore au même point ! C'est bien la preuve que les discours alarmistes sont inopérants et qu'il est temps de changer de manière de procéder. Arrêter de brandir le spectre de la mort, être modéré dans ses propos, expliquer, montrer ce qui marche, encourager... C'est aussi d'un point de vue lexical qu'il faut changer de paradigme.

Par ailleurs, ce discours alarmiste produit un effet "gourou" que je trouve pernicieux. En témoigne l'impossibilité pour vos "fans" d'accepter que l'on remette en cause, même de manière argumentée, la Parole du Maitre. Aucune critique, aucun débat n'est possible.

Et dans d'autres cas, certains qui vous ont écouté autrefois ont ensuite pris leurs distances pour partir vers d'autres horizons plus modérés.

- Concernant le profil cultural, j'ai bien vu que vous le rafraichissiez de haut en bas. Mais vous le faites aussi de droite à gauche alors que manifestement vous êtes droitier (donc vous devriez le faire de gauche à droite). Ce geste est nettement visible sur la vidéo et aucun montage n'y peut rien.

Sur l'origine de cette méthode, merci d'avoir repris l'historique que je ne connaissais en effet pas dans sa totalité. Mais si je parlais de Gautronneau et Manichon, c'était surtout pour préciser à ceux qui le croient que vous n'êtes pas l'inventeur de cette méthode (une croyance qui ne vous est pas imputable, je précise).

- Les choses commencent à se gâter véritablement quand vous frôlez le point Godwin en comparant Christian Walter à un résistant de 1945. Je laisse le lecteur apprécier. Si vous n'êtes pas Claude Bourguignon, vous ne lui avez pas rendu service en écrivant cela. Si vous êtes Claude Bourguignon, vous descendez encore dans mon estime. Au delà du caractère malsain de la comparaison, s'il est effectivement vrai que Christian Walter ne parle pas de qualité des sols depuis trente ans mais seulement depuis une dizaine d'années, vous devriez vous réjouir de son revirement : formidable, vous avez été entendu ! Enfin ! C'est bien pour cette raison que vous faites des conférences, non ? He bien, apparemment, non. En fait, toute personne qui se rallie aujourd'hui à votre point de vue s'expose à la critique de ne pas y être venue plus tôt... Ce qui me laisse à penser que votre objectif est moins de convaincre que de conserver votre pré carré et vos admirateurs.

- On atteint le comble du sordide et le point Godwin pour de bon avec les deux derniers commentaires. Dans le fond, j'espère vraiment que la personne qui les a postés n'est pas Lydia Bourguignon1. Confondre non seulement anonymat et pseudonymat (voir ma réponse plus haut) mais aussi critique et dénonciation... On est tombé profond dans l'abject. Et le problème, c'est qu'il y a là de quoi discréditer la totalité des propos précédents. Quand on en vient à ce genre d'"arguments", c'est soit qu'on ne supporte pas la critique, soit qu'on n'a pas d'argument fondé.

Bref, je vous remercie encore d'avoir pris le temps d'écrire longuement et de donner quelques détails supplémentaires sur votre parcours mais en ce qui me concerne, je garde ce sentiment de malaise qui m'interdit d'adhérer sur la forme.

 

1 : Je note cependant que les commentaires postés par "Claude Bourguignon" et par "Lydia Bourguignon" proviennent de la même source : adresse IP identique

Published by Philomenne - dans agronomie
31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 20:14

Ce blog fête ses trois ans. 117 billets publiés et encore plein d'idées (pas tout à fait assez de temps pour écrire, hélas... il y a dans mes tiroirs plusieurs projets en cours). Or, c'est précisément le moment que choisit Overblog pour m'informer que désormais, il y aura de la publicité sur mon blog. Et je n'ai pas le choix. Alors que j'avais précisément choisi cet hébergeur pour l'absence de publicité... 

Par conséquent, ce blog va déménager. Il me faudra peut-être un peu de temps pour configurer quelque chose de bien chez un autre hébergeur mais le déménagement est d'ores et déjà programmé. Je suis fâchée.

Ce blog restera contre vents et marées un blog sans publicité.

Published by Philomenne - dans ça m'éneeerve !
20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 00:25

mines uranium

Entre 1956 et 1984, Areva a exploité des mines d'uranium en Bretagne. Lorsque l'exploitation a été interrompue, les puits ont été rebouchés mais la remise en état s'est arrêtée là. Pourtant, ils sont contaminés par des déchets d'extraction, qui sont radioactifs.

Deux problèmes se posent :

- Les sites d'extraction eux-même sont radioactifs, à cause des résidus de matériaux qui, après avoir été remontés à la surface, sont restés sur place.

- Les eaux ont déplacé de la radioactivité. Avant extraction, le minerais d'uranium est stable. Un peu comme des grains de café entier, on peut l'arroser d'eau, rien ne se passe. Mais l'extraction de l'uranium produit de la poussière de minerais, des petits morceaux, qui contaminent les eaux -comme le café moulu infuse dans l'eau bouillante. Aussi ce ne sont pas seulement les anciens carreaux de mines, qui sont contaminés. Comme l'eau ruisselle et se déplace, d'autres lieux sont aussi concernés, parfois assez loin du site initial. 

Ainsi, des chemins sont radioactifs, des parcelles cultivées sont radioactives, des cours de ferme sont radioactives, à des taux allant jusqu'à vingt fois les niveaux autorisés. 

Rien ne permet d'avoir connaissance de ce phénomène. La radioactivité, quelle que soit sa quantité, ne se voit pas, ne se sent pas, ne se ressent pas ; on peut être irradié sans s'en apercevoir. C'est donc dans l'ignorance de ce qui leur arrive que les randonneurs, les agriculteurs, les habitants reçoivent des doses de rayonnement dont l'impact sur la santé n'est pas négligeable, surtout quand l'exposition est répétée et régulière.

Que fait Areva, l'entreprise exploitante de ces mines, pour remédier à cette situation ? Rien. Les sites ne sont pas signalés et encore moins réhabilités, les populations ne sont pas informées. Et jusqu'à maintenant, aucune autorité n'a jamais jugé utile de la contraindre à le faire.  

Parmi les départements concernés, le Morbihan1, dans lequel se trouvent vingt-deux sites.

Régulièrement, la presse locale s'en émeut. Samedi dernier, des militants de la Fédération Antinucléaire bretonne ont, une fois de plus, tenté d'attirer l'attention des autorités et de leurs concitoyens sur ce problème. 

Lundi dernier avait lieu une réunion du comité interdépartemental de suivi des anciens sites miniers d’uranium de Lignol. Comme chaque année. Et comme chaque année, aucune obligation n'est faite à Areva. Tout juste s'est on contenté de faire un recensemement des sites à "réhabiliter". Avec en perspective l'année 2018, date à laquelle Areva sera délivrée de toute obligation, la charge et le coût de dépollution des sites revenant alors aux communes. En attendant, les anciennes mines continuent d'irradier silencieusement les randonneurs, les agriculteurs, les habitants. Au mépris de leur santé.

 

 

1) Je prends cette exemple en raison de l'actualité du problème dans le département mais les quatre départements bretons sont concernés, ainsi que la Loire-Atlantique.

 

NB : J'emprunte la photo du panneau à Sortir du nucléaire Cornouailles et à l'association Roz Glas.

Pour plus de détails, les archives du sites de Stop-nucléaire 56.

 

Edit : Ce blog ayant déménagé, les commentaires sont fermés. Rendez-vous à cet endroit.

Published by Philomenne - dans ça m'éneeerve !
8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 20:30

à mon vaillant ami

(En souvenir d'une conversation dans une cuisine)

 

f9e02591Vous n'aviez pas l'air motivée. La seule fois où j'ai osé rappeler un recruteur pour demander les raisons de mon éviction, alors que j'avais pratiquement le profil parfait, c'est ce qu'on m'a répondu. Du temps est passé depuis mais la sentence reste cuisante, d'autant que si cet exemple est presque caricatural, il n'est pas unique en son genre.

C'est le cauchemar des entretiens d'embauche : avoir l'air motivée. Pas seulement l'être, non ; être motivée est assez facile. Mais en avoir l'air. Et si vous croyez qu'être motivée, ou dire que vous êtes motivée, suffit pour en avoir l'air aux yeux des recruteurs, détrompez-vous. J'en ai passé, des entretiens, mais je n'ai pas encore réussi à comprendre comment on était supposé faire pour "avoir l'air". Le mystère reste entier.

La motivation est un concept flou qui ne cesse de me laisser perplexe. Si on la définit par le désir d'exercer un métier ou une fonction, on peut dire qu'elle n'a rien à voir avec  les compétences du prétendant. Et pourtant, j'ai souvent eu l'impression qu'au yeux des recruteurs, elle était plus importante. Que j'aie envie, voilà ce qui les intéresse, bien plus que de savoir si je saurai faire. Je trouve que c'est extrêmement paradoxal.

En premier lieu, je me demande ce qui les intéresse : mon désir ou mes compétences ? Et si mes compétences les intéressent moins que mon désir, en poussant la logique à l'extrême, c'était bien la peine de faire des études et d'accumuler de l'expérience.

Ensuite parce que finalement, tout le monde se retrouve à jouer un rôle. Les recruteurs font comme s'ils proposaient le poste du siècle, alors qu'ils en connaissent déjà les failles. Le candidat fait comme si avoir ce poste était le rêve de toute une vie, alors que, soyons clair, on travaille pour gagner de l'argent et je connais peu de personnes qui iraient travailler si elles avaient l'assurance d'un revenu suffisant, fût-ce pour faire le travail le plus passionnant du monde. Bref, nous voilà en pleine pièce de théâtre, dans laquelle chacun joue le rôle qui lui est assigné, chacun fait semblant. Sérieusement, ça rime à quoi ?

C'est au moment où j'arrive à ce constat de vacuité de l'échange en entretien d'embauche que me vient une énorme envie de jeter un pavé dans la mare : on me demande de parler de ma motivation et je suis tentée de répondre que ma motivation ne regarde pas mon patron. Après tout, dans l'hypothèse où je détesterais mon travail, si je viens le faire tous les jours et que je le fais bien, qu'est-ce que ça peut bien lui faire ? Si je suis masochiste au point de postuler pour faire quelque chose que je déteste, c'est mon problème, pas le sien. Oh, je les entends d'ici : On ne fait bien que les choses qu'on a envie de faire. Je ne suis pas d'accord. J'ai la conviction que ça n'a tout simplement aucun rapport. On peut faire mal quelque chose qu'on fait avec plaisir. On peut faire bien des choses qu'on fait sans plaisir. J'ai personnellement été enseignante pendant des années, je n'aimais pas enseigner, je ne pense pas avoir été une mauvaise enseignante pour autant, du moins si j'en juge à l'aune des résultats de mes élèves. Et en tant que technicienne, il y a toujours eu des tâches que je détestais1, pourtant je faisais le travail le plus consciencieusement possible, tout comme mes collègues, parce que c'était important. En bref, si je suis compétente et conscieuse, qu'avez-vous à faire de mon désir ?

Pour une entreprise, je me demande si cette exigence de motivation répond à un besoin de se sentir flattée -comme une jolie fille pourrait se sentir flattée de voir ses prétendants se disputer pour elle2-, si c'est un moyen de se rassurer dans cette tâche difficile qu'est le recrutement, ou si c'est juste la conséquence du dogme "motivation = efficacité" que personne ne songe à remettre en question. Moi, ça m'épuise. On attend de moi, que dis-je ?, on exige de moi, que j'aie envie. On m'impose de ressentir ce désir si je veux avoir un travail. Je trouve que c'est d'une très grande violence, cette pression. Certes, le monde du travail est en général loin d'être tendre mais cette violence-là, est-elle bien nécessaire ? Pour ne rien arranger, quand je me trouve face à cette demande, ma motivation prend une claque. Comme j'ai le sentiment qu'on veut me faire à toute force rentrer dans le "moule", j'ai immédiatement beaucoup moins envie de travailler avec celui/celle qui a cette exigence. Avant même de le revêtir, j'étouffe dans le carcan qu'on me tend.

Mais revenons-en au dogme. S'il est un postulat qui reflète bien les maux de notre époque consumériste, c'est celui-là : je ne peux faire (bien) que ce que j'ai envie de faire. Ce n'est pas autre chose qu'une expression de la dictature du désir, de la satisfaction immédiate de l'envie, avec comme conséquence symétrique le refus de la contrainte -si je n'ai pas envie, je ne fais pas. Expression d'une société d'éternels adolescents trop gâtés qui ne peuvent accepter de ne pas avoir tout ce qu'ils veulent, là, maintenant, tout de suite, société zappeuse -je n'ai plus envie, j'arrête-, culte du superficiel... tout est là, dans un magnifique condensé de caprice. Avec toutes les conséquences qui en découlent : pas de réflexion à long terme ni de prise de recul.

C'est bien dommage, parce que c'est souvent dans la contrainte que nait la créativité. C'est souvent de l'effort, de la persistance, que vient la vraie satisfaction profonde d'avoir réalisé quelque chose d'un peu plus grand que soi. Et à plus court terme, tout miser sur le désir est le meilleur moyen d'être déçu, car dans tout métier, même le plus passionnant qui soit, il y aura toujours des tâches fastidieuses mais incontournables.

Quant à moi, à chaque fois que j'ai eu à passer un entretien, j'ai sagement remonté la mécanique du mensonge pour me tailler autant que possible une armure de super guerrière3 dopée à la motivation. Mais en réalité, l'injonction à être motivée et à en avoir l'air me désespère et me coupe les ailes. J'ai juste envie de dire : soyons logique, si je n'étais pas motivée, vous n'auriez pas reçu mon CV. 

 

 

1) Cuber les silos, par exemple, vous n'avez pas idée à quel point c'est fastidieux et emmerdant.

2) Quoi que le fait que ça pourrait être plaisant pour la jolie fille est aussi, en soi, une idée reçue qui gagnerait à être débattue.

3) Oui, sur l'illustration, c'est moi. Vous pensiez quoi ?

Published by Philomenne - dans le boulot
2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 21:00

9 bmp110Discussion de fin de marché. Une terrasse de café, un grand soleil, un panier de légumes à nos pieds, une joyeuse effervescence qui bourdonne du plaisir de retrouvailles amicales. La conversation glisse, je ne sais comment, sur la volonté de certaines laiteries de vendre du lait à la Chine et le coût écologique de l'opération : transporter du lait sur des milliers de kilomètres n'est assurément pas le meilleur moyen de faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Un quidam -au demeurant fort sympathique- intervient : Oui, mais si on veut préserver l'emploi en agriculture, il faut bien exporter du lait.

L'emploi. Discours récurrent... Ainsi donc, au nom de l'emploi, il faudrait faire fi de l'énergie consommmée pour déshydrater le lait et pour le transporter, ainsi que du bilan carbone de l'opération. Choisir entre l'emploi et l'écologie, en d'autres termes ? Je trouve vraiment étrange, et terriblement paradoxale, cette plaidoirie pour l'emploi quand il s'agit d'envoyer du lait à l'autre bout du monde, alors que par ailleurs, on encourage l'installation des robots qui détruisent de l'emploi, on encourage l'agrandissement des exploitations au détriment des structures de petite taille. Je trouve insupportable ce recours à l'argument de l'emploi contre l'urgence écologique.

Si on suit ce raisonnement, on peut faire n'importe quoi au nom de l'emploi :  couvrir le pays d'aéroports et de zones commerciales, fabriquer des bombes, détruire quelques villes (la reconstruction créera des emplois), démolir la planète... Tiens, je suis sure que certains se frottent déjà les mains parce que la nécessité de s'adapter au dérèglement climatique va créer des emplois. 

Quand on en est là, obligés de choisir entre l'emploi et la vie -car c'est de cela qu'il s'agit : pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, l'Homme mène une expérience grandeur nature et il se met lui-même dans l'éprouvette- c'est qu'il y a vraiment quelque chose qui, fondamentalement, ne va pas. C'est aussi qu'on raisonne à l'envers, les emplois devraient résulter du besoin de réaliser telle ou telle activité nécessaire. Au lieu de quoi, on en est à inventer n'importe quelle activité à seule fin de créer des emplois... C'est le signe patent que nous sommes dans une impasse. On est en train de foncer dans le mur.

Au nom de l'emploi, on se propose de faire n'importe quoi. Sauf si cet argument est en réalité un écran de fumée, un prétexte, et que la véritable motivation s'appellerait plutôt... "profits" ? Quelle hypocrisie...

Published by Philomenne - dans ça m'éneeerve !

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